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20 déc. 2015

Les enfants de l'eau noire de Joe R. Lansdale: un périple singulier et entraînant

Synopsis: Texas, années 1930. Elevée dans la misère au bord de la Sabine, qui s'écoule jusqu'aux bayous de Louisiane, May Linn, jolie fille de seize ans, rêve de devenir star de cinéma. Un songe qui s'achève brutalement lorsqu'on repêche dans le fleuve son cadavre mutilé. Ses jeunes amis Sue Ellen, Terry et Jinx, en rupture familiale, décident alors de l'incinérer et d'emporter ses cendres à Hollywood. May Linn ne sera jamais une star, mais au moins elle reposera à l'endroit de ses rêves...
Volant un radeau mais surtout le magot d'un hold-up, la singulière équipe s'embarque dans une périlleuse descente du fleuve, le diable aux trousses. Car non seulement l'agent Sy, flic violent et corrompu, les pourchasse, mais Skunk, un monstre sorti de l'enfer, cherche à leur faire la peau. Quand vous décider de faire vôtres les rêves d'un autre, ses pires cauchemars peuvent aussi profiter du voyage...

La collection Sueurs noires de Denoël est une de mes préférées et j'ai été ravie de recevoir le dernier roman de Joe R. Lansdale très connu pour ses thrillers. Cette fois, l'intrigue se déroule dans le Texas des années 30 et on est directement plongé dans l'action.

La narratrice est Sue Ellen, une jeune fille de 16 ans, qui se languit de sa vie de campagne, d'autant plus qu'elle doit subir la violence et la misogynie des hommes qui l'entourent. La mort de May Linn est presque une chance pour elle car elle y voit l'occasion de partir définitivement et de connaître un nouvel avenir.

Cependant, avant de devenir riche en Californie, il faut pouvoir s'échapper du Texas et ce n'est pas une mince affaire. Avec ses compagnons Terry, homosexuel rejeté, et Jinx, jeune femme noire qui cherche sa place juste après la guerre de Sécession, elle devra affronter ses peurs et tous les dangers qui se dresseront sur les bords de la Sabine.

J'ai vraiment apprécié la façon dont les personnages sont abordés et j'ai été touchée par chacun d'entre eux. Les années 1930 étaient rudes pour les Etats du sud des Etats-Unis et chacun incarnent à leur manière ce nouveau monde à reconstruire. J'ai vibré avec eux, j'ai pleuré et serré les dents jusqu'au bout, en leur souhaitant le bonheur qu'ils méritent.

Le style y est aussi pour beaucoup car Joe R. Lansdale sait mêler le langage familier de Sue Ellen et ses visions poétiques. Cela donne quelquefois des paragraphes magnifiquement éclectiques:
Si le ciel était plus clair, le fleuve était encore sombre et noir comme le péché et encombré de branches et de feuilles. Je vis un opossum mort dériver dans le courant et un serpent tué d'une manière ou d'une autre par la tempête. L'air sentait la terre. Le soleil finit par être assez haut dans le ciel pour que l'eau passe de la couleur café et celle du lait chocolaté. Les oiseaux commencèrent à gazouiller et à voleter dans les arbres. [...] [Spoiler] sortit de la cabane avec son sac, dont elle tira de la viande séchée. Je ne savais pas qu'elle en avait emporté. Elle nous en distribua des morceaux. La bidoche était humide car son sac avait pris l'eau, mais c'était quand même super de manger un peu. Hélas, on n'avait plus d'eau potable, et, à ce moment-là, j'avais tellement soif que j'aurais fracassé les dents d'un saint-bernard à coups de pied pour lui piquer son tonneau.
Un livre envoûtant avec une atmosphère particulière que j'ai vraiment apprécié.

Les enfants de l'eau noire de Joe R. Lansdale, traduit par Bernard Blanc, a été publié aux Editions Denoël le 3 septembre 2015.

Livre offert.
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