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16 nov. 2015

Une autre idée du silence de Robyn Cadwallader: dans la peau d'une recluse du XIIIème siècle

Synopsis: Angleterre, 1255. À seulement dix-sept ans, Sarah décide de devenir anachorète. Dévouée à Dieu, elle vivra recluse dans une petite cellule mesurant neuf pas sur sept à côté de l’église du village. Fuyant le deuil de sa sœur adorée, morte en couches, et la pression d’un mariage imposé, elle choisit de renoncer au monde – à ses dangers, ses désirs et ses tentations – pour se tourner vers une vie de prière. Mais petit à petit elle comprend que les murs épais de sa cellule ne pourront la protéger du monde extérieur.
Une autre idée du silence raconte l’histoire intemporelle d’une femme rebelle, prête à des sacrifices inimaginables pour se libérer des chaînes de la société. Elle enchante et hante le lecteur jusqu’à la dernière page.

C'est le thème tout à fait particulier et original qui m'a donné envie de lire ce roman. Je mourrais d'envie de savoir pourquoi une jeune fille de 17 ans pouvait décider d'embrasser une vie religieuse et comment elle la vivrait.

Robyn Cadwallader nous entraîne dans la vie d'une recluse dans l'Angleterre du 13ème siècle. Je connaissais bien la vie monastique et autres confréries de soeurs mais je ne connaissais absolument pas les recluses. Ces jeunes femmes choisissaient de vouer leur vie à Dieu et de vivre dans une petite pièce de quelques mètres carrés à l'abri du monde extérieur. J'ai du mal à le concevoir!

Nous suivons donc Sarah depuis le jour où elle entre dans la pièce qui sera son tombeau, comme elle le nomme elle-même. Elle n'a plus aucun contact avec l'extérieur et la lumière ne filtre qu'à travers un hagioscope utilisé pour les repas, les prières avec ses deux servantes et sa confession hebdomadaire. On suit le cheminement intérieur de la jeune fille qui sera loin d'être facile:
La façon qu'a eue Anna de hausser l'épaule, comme le faisait Emma, m'a donné envie de l'inviter dans ma cellule et de tout lui raconter, comme je l'aurais fait avec ma soeur: de lui murmurer que je n'aimais pas beaucoup Louise; de me plaindre de la couverture rugueuse sur mon lit, des pages austères de ma règle, de la nourriture insipide, avant de lui dire que Louise prenait bien soin de moi finalement, que j'étais reconnaissante de pouvoir prier et lire, que je voulais satisfaire Dieu, rester ici, à l'écart du monde.
Pendant un an, elle passera par différentes phases, combattant entre ses désirs humains et la règle édictée pour faire de toute recluse une âme pure dévouée à Dieu. C'est au cours d'un long cheminement que nous apprenons pourquoi Sarah a fait le choix d'une telle vie et pourquoi cela est si difficile pour elle. Le récit est terriblement passionnant et j'étais vraiment scotchée à cette vie si dure et si âpre.
J'étais une femme écartelée entre la vie et la mort, entre ce monde et le paradis. Mais malgré la force de mon engagement envers le Christ, mes désirs persistaient; mes douleurs réclamaient du soleil, une journée dans les champs. J'étais coincée entre ma cellule et le monde au-dehors.
Les pièces réservées aux recluses étaient construites sur les flancs d'une église et c'était une chance pour les villageois: les recluses priaient pour eux et servaient de confesseur et de guide spirituel pour les femmes. Celles-ci sont nombreuses à rendre visite à Sarah et c'est pour elle une bouffée de liberté à chaque fois, une façon de rester connectée au monde extérieur.

Le père Ranaulf est aussi le seul à être en contact avec Sarah car il est son confesseur. Le récit nous présente son point de vue, en parallèle avec la réclusion de Sarah. Par ses yeux, nous apprenons comment fonctionne le système des recluses (un seigneur paye le prieuré pour l'entretien de la jeune femme) et pourquoi elle est si importante pour le village. Mais surtout il se pose beaucoup de questions: sur l'intérêt du seigneur, sur le choix de Sarah, sur sa souffrance, sur les règles édictées et leur bon sens. Il est admiratif de la volonté de la jeune femme et fait son possible pour lui rendre la vie plus facile, même s'il doit pour cela contrer ses supérieurs.

A travers ces deux personnages à la vie particulière, Robyn Cadwallader dresse un portrait historique passionnant et glisse quelques critiques sur la dévotion religieuse et la foi aveugle qu'elle exige. Sarah choisit la réclusion alors qu'elle n'aspire qu'à la liberté et le père Ranaulf s'interroge sur le bien fondé d'une telle privation. Un roman qui m'a subjuguée du début à la fin et que je recommande à tous les lecteurs qui aiment le genre historique et psychologique.

Une autre idée du silence de Robyn Cadwallader, traduction de l'anglais (Australie) par Arnaud Baignot et Perrine Chambon, publié le 3 septembre 2015 aux éditions Denoël.

Livre offert.

1 commentaire:

Valentine Pumpkins a dit…

C'est un sujet qui m'interpelle fortement ! Je crois que je vais me laisser tenter, merci pour la découverte !