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3 janv. 2018

Parler de grossophobie avec les enfants


Photo de l'été 2015, la plus récente que j'ai trouvée où on peut "imaginer" ma corpulence
Je suis grosse. Avec 83 kilos pour 1 m 55, j'ai un IMC de 34 soit obésité modérée. Il m'est conseillé de maigrir au plus vite pour être en meilleure santé. Sauf que je n'en ressens pas le besoin, que je me sens bien dans mon corps et que j'ai plutôt envie de profiter de la vie que de compter les calories.

Du coup, à la maison, mon corps n'est pas un problème. Et les enfants ne se gênent pas pour le dire. Récemment, on jouait à définir des intrus: "Papa est l'intrus car c'est le seul avec le crâne chauve", "Poppy est l'intrus parce que c'est la seule à sucer son pouce", et ma fille de dire: "Maman est l'intrus parce qu'elle a un gros ventre!"

Piwix l'a tout de suite interrompue en lui disant que c'était très méchant et qu'il ne fallait pas dire ça. Mais était-ce si méchant que ça ? Que doit-on apprendre aux enfants: à ne pas faire de différence entre les personnes ou à cacher des vérités ?

Personnellement, je n'ai pas été blessée. Pour la raison évoquée précédemment, je sais que j'ai un gros ventre et je le vis bien (enfin sauf quand j'essaie des fringues trop petites). Et après tout, le but du jeu était qu'ils comprennent bien la définition du mot "intrus" et qu'ils identifient des différences entre les membres de la famille, ce qui a très bien marché. J'aurais donc tendance à dire à mes enfants qu'ils doivent continuer à dire ce qu'ils pensent, à prononcer des vérités parce qu'il n'y a aucune honte à avoir le crâne chauve ou un gros ventre.

Sauf que d'autres que moi auraient pu être vexé(e)s. Je ne compte pas le nombre d'anecdotes de parents qui ne savent plus où se mettre parce que leur enfant a dit, en plein supermarché ou à un arrêt d'autobus: "Regarde la grosse dame !" avec un index bien tendu. Nous avons tous le réflexe d'excuser notre enfant et de lui faire une leçon sur ce qu'il faut dire ou non en public. C'est une réaction qui paraît normale. C'est une leçon de savoir-vivre.

Sauf que je me demande aujourd'hui si c'est vraiment une bonne réaction. Si nous disons à nos enfants qu'il est méchant de dire à quelqu'un qu'il est gros, qu'il ne faut pas définir quelqu'un selon sa corpulence, n'est-ce pas lui apprendre implicitement qu'être gros est un défaut ? S'il ne faut pas dire "gros", cela signifie-t-il que c'est une mauvaise chose ?

A l'heure où nous luttons contre toutes les formes d'oppression et de discrimination, où j'essaye d'inculquer à mes enfants le fait que nous sommes tous différents, qu'il y a des bruns et des blonds, des noirs et des blancs, des grands et des petits, des gros et des maigres, qu'une fille peut être amoureuse d'une fille (et pareil pour les garçons), qu'il faut respecter chaque individu, ne devons-nous pas leur apprendre à faire abstraction des préjugés associés à certains mots ?

En même temps, je n'ai pas non plus envie qu'on les traite d'enfants malpolis ou qu'ils passent pour des petits harceleurs parce qu'ils parlent du petit gros de la cantine (c'est déjà arrivé).

Surtout que je sens que mes enfants ne se posent pas de question à ce sujet, ils ont autant de personnes minces que grosses dans leur entourage et n'ont aucun problème avec leur poids et leur alimentation. Pour l'instant et parce qu'ils sont dans les normes, j'imagine.

Je n'ai jamais vécu la grossophobie quand j'étais à l'école. J'ai commencé à gonfler à la fac et c'est plutôt moi qui me mettait la pression pour faire des régimes et ressembler aux stars d'Hollywood. Donc je n'ai pas le même relationnel avec le terme de "gros" que certains peuvent avoir. Je fais appel à vous, les lecteurs, pour me dire ce que vous en pensez, ce que vous diriez à vos enfants au sujet de la grossophobie, comment vous vous positionneriez face à un enfant qui dit ce qu'il pense ?

N'hésitez pas à faire tourner.


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