Menu

5 juin 2016

L'atelier des poisons de Sylvie Gibert: le roman policier au service du féminisme


Résumé: Paris, 1880. A l'académie Julian, le premier atelier à ouvrir ses portes aux femmes, la vie n'est pas facile. L'apprentissage du métier de peintre est ardu, long et coûteux. Seules les jeunes filles dotées d'un véritable talent et, surtout, d'une grande force de caractère, parviennent à en surmonter les obstacles.
Du talent, Zélie Murineau n'en manque pas. De la force de caractère non plus. N'a-t-elle pas déjà prouvé qu'elle était prête à tout pour parvenir à ses fins ? Pourtant, lorsque Alexandre d'Arbourg, le commissaire du quartier du Palais-Royal, lui demande de faire le portrait de sa filleule, sa belle assurance est ébranlée : comment ne pas croire que cette commande dissimule d'autres motifs ? Même si elle en connaît les risques, elle n'est pas en mesure de refuser le marché que lui propose le beau commissaire : elle sera donc "ses yeux ".
Des auberges mal famées jusqu'aux salons de la grande bourgeoisie, elle va l'aider à discerner ce que les grands maîtres de la peinture sont les seuls à voir : les vérités qui se cachent derrière les apparences.

Je n'avais jamais lu de roman de Sylvie Gibert et c'est avec un regard neuf que j'ai ouvert les pages de cet ouvrage. J'ai été agréablement surprise par la diversité des thèmes abordés et le fait qu'ils se lient parfaitement les uns aux autres.

L'atelier des poisons est un roman policier qui se déroule à la fin du XIXème siècle. Alexandre d'Arbourg, commissaire à Paris, a l'idée originale d'engager une jeune femme peintre pour enquêter sur la tentative d'empoisonnement de son beau-frère. En effet, il se dit que les talents d'observation de la jeune fille pourraient s'avérer bien utiles. En échange, celle-ci lui demande de retrouver le nouveau-né de son modèle qui l'a confié à un charretier et n'est jamais arrivé à bon port. Nous suivons donc les deux enquêtes en parallèle et plongeons dans le Paris de 1880 avec son décor inégalable. Le déroulement de l'histoire se fait très bien et il n'est jamais difficile de suivre les investigations des protagonistes, alors que l'enquête policière n'est pas toujours au coeur du roman.

Car derrière ce fil rouge, L'atelier des poisons est surtout une mise en lumière du féminisme du début du XXème siècle. En effet, Zélie, le personnage principal, se pose beaucoup de questions sur sa place dans la société en tant que femme et sur sa valeur. Elle cherche à comprendre des logiques là où il n'y en a pas et s'insurge de l'injustice de la condition féminine. Avec elle, ses camarades de l'Académie Julian, premier atelier de peinture féminin, qui marqueront l'histoire à leur manière: Marie Bashkirtseff, Amélie Beaury-Saurel ou encore Louise Catherine Breslau. A l'origine du roman, Sylvie Gibert a fait de multiples recherches sur cette période et sur ces femmes et s'est posé la question: "Pourquoi n'avais-je jamais entendu parler d'elles?"  A travers ce roman, elle espère pouvoir leur donner la parole et un autre roman sur la suite de leurs aventures est d'ailleurs en projet.

Enfin, il s'agit d'un bel hommage à la culture française car Zélie et Alexandre croiseront nombre de personnalités de l'époque, telles que Louis Andrieux ou Alphonse Allais. C'est toujours amusant de les imaginer en situation.

L'atelier des poisons est donc un livre complet, à la fois divertissant par l'enquête policière et pédagogique par les nombreuses références historiques. Sylvie Gibert sait également nous dépeindre les deux personnages de façon qu'on s'attache vraiment à eux et qu'on espère le meilleur dénouement possible. Un vrai bon moment.

Merci à Babelio et aux éditions Plon.

Extraits:
Il ne serait venu à personne l'idée de contester que les hommes étaient naturellement plus doués en toute chose, y compris en art. Pourtant, au fur et à mesure que Zélie constatait ses progrès et ceux de ses compagnes, il devenait évident que, quand les femmes avaient la possibilité d'étudier, aucune tare native ne les empêchait de devenir aussi talentueuses que les hommes.

Elle se rendait compte soudain à quel point il était injuste qu'une femme seule ne puisse pénétrer dans l'un de ces lieux publics sans nuire à sa réputation. Cela était particulièrement inéquitable pour celles qui, comme elle, vouaient leur vie à l'art, car une fois de plus, les hommes s'en trouvaient avantagés. Combien d'artistes les avaient peints et dépeints, ces cafés parisiens? Bon nombre de ces clinquants tableaux n'étaient-ils pas présentés au Salon, tous les ans, contribuant à la renommée de leurs auteurs? 

Livre offert.

Aucun commentaire:

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...