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3 janv. 2016

Les fauves d'Ingrid Desjours: un roman poignant au coeur de l'actualité

couverture livre Fauves Desjours
Synopsis: «Torturez-la! Violez-la! Tuez-la!» À la tête d'une ONG luttant contre le recrutement de jeunes par l'État islamique, l'ambitieuse Haiko est devenue la cible d'une terrible fatwa.
Lorsqu'elle engage Lars comme garde du corps, le militaire tout juste revenu d'Afghanistan a un mauvais pressentiment. Sa cliente lui a-t-elle dit l'entière vérité sur ses activités? Serait-ce la mission de trop pour cet ancien otage des talibans?
Dans cet univers ou règnent paranoïa et faux-semblants, Haiko et Lars se fascinent et se défient tels deux fauves prêts à se sauter à la gorge, sans jamais baisser leur garde.

Ingrid Desjours est psychocriminologue et scénariste et brille par l'écriture de thrillers angoissants. Son dernier roman est paru dans la nouvelle collection de Robert Laffont, intitulée La bête noire, et j'ai pu le lire grâce à Babelio. Je ne les remercierai jamais assez de m'avoir fait découvrir une telle auteure!

Moi qui suis fan des thrillers psychologiques, j'étais servie! On suit le parcours de Haiko et Lars, deux personnages engagés et forts qui vont pourtant dévoiler leurs faiblesses et nous entraîner dans ce que l'être humain peut posséder de plus intime. L'auteur utilise son expérience de psychocriminologue pour entrer dans l'esprit de ses personnages et c'est un trait que j'adore au plus haut point. Chaque situation est décryptée et les analyses tellement poussées qu'on ne peut qu'acquiescer à chaque fois: Ingrid Desjours sait voir à travers la société.

L'autre originalité du roman réside dans son ancrage dans l'actualité. En effet, Ingrid Desjours écrit juste après les attentats de Charlie Hebdo, auxquels elle fait souvent référence, et ses personnages sont en prise directe avec les terroristes de Daesch. Chaque événement a donc une tonalité particulière dans la mesure où le temps et l'espace n'offrent plus la même distance que lors de la lecture d'un thriller ordinaire. D'autant plus après les événements de novembre qu'on verrait presque poindre dans le roman, preuve supplémentaire de la clairvoyance de l'auteure.

Haiko est menacée de mort par Daesch et se voit contrainte de recruter un garde du corps en la personne de Lars, ancien soldat d'Irak. Les deux personnages, blessés par la vie, vont tenter de survivre dans un monde sombre où le danger est derrière chaque porte, chaque personne. A qui faire confiance? Comment combattre les détracteurs qui ne cessent de faire enfler la rumeur? Comment ne pas devenir fou et faire taire les fauves qui sont en chacun de nous?

Je ne saurai que vous conseiller cette lecture, parfois éprouvante, mais ô combien fascinante et actuelle.

Extraits:
[Ndlr: A propos de Lars] Toujours vivant. En partie seulement, comme la plupart des soldats qui rentrent du combat. Car si le corps fonctionne encore et fait illusion quand il n'est pas mutilé, l'esprit en a rarement réchappé, l'âme est loin d'être intacte. Plus que quiconque, ces militaires méritent le titre de revenants, car en réalité ils sont morts intérieurement. Ils ont sacrifié leur intégrité physique et morale pour la liberté de leur peuple, ou bien celle de ces pays opprimés qu'on évoque de temps à autre dans les JT, entre deux reportages sur la Galette des rois ou les destinations courues pour les vacances d'été...
[...] Haiko est devenue, en quelques jours à peine, la femme à abattre. Tout le monde s'en donne à coeur joie. On l'accuse ouvertement d'être vénale et manipulatrice, et chacun de ses détracteurs - qu'il la connaisse personnellement ou non - y va de sa petite anecdote. La critiquer est devenu LE sport du moment. On invente des blagues, on dessine des caricatures, c'est à hurler de rire. C'est à hurler avec les loups et la meute est affamée. Il faut se mettre quelqu'un sous la dent, bien planqué derrière son écran. Et plus on en rajoute, plus on va loin dans l'injure, dans le dégueulasse, plus on ratisse large. Un bon mot sur Haiko, c'est au moins dix nouveaux amis Facebook, vingt followers sur la blogosphère, cinquante nouveaux twittos. Le jeu en vaut la chandelle, peu importe si on n'attire dans ses contacts que des imbéciles, des haineux décérébrés, des nostalgiques de la peine de mort qui n'abattent plus que virtuellement sans vérifier leurs sources ni se soucier des dégâts qu'ils peuvent causer, des vies qu'ils peuvent ruiner. 
Livre offert.

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