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27 déc. 2013

Du consumérisme chez l'enfant

En ces périodes de fêtes, et plus particulièrement de Noël, on ne parle que de cadeaux et du nombre impressionnant de jouets reçus par les enfants. Sur les réseaux sociaux, on ne demande pas si on a passé de bonnes fêtes en famille, on demande si les enfants ont été gâtés. Sur les blogs, on dresse la liste des cadeaux comme une lettre au Père Noël mais inversée. Certains ont même trouvé indécent cette succession de photos de sapin noyés sous les paquets, eu égard à ceux qui n'ont pu offrir un Noël aussi féerique à leurs enfants.

Pour ma part, je n'ai pas vraiment d'avis là-dessus. Disons que j'ai choisi de mettre une photo de notre sapin et de l'ouverture des cadeaux pour partager ce moment de plaisir, car pour moi offrir des cadeaux est et restera toujours un plaisir, mais je ne vois pas l'intérêt d'en dresser une liste ou de parader en annonçant à tous le nombre total de cadeaux reçus par mes enfants. Mais je n'en respecte pas moins ceux qui le font.
Non, ce qui me titille un peu, c'est cette justification des parents qui offrent une montagne de cadeaux à leurs enfants.

Nous avons choisi d'offrir peu de cadeaux à nos enfants, d'abord parce que nous n'avons pas énormément de moyens, comme je l'ai déjà dit, ensuite et surtout parce que je n'aime pas voir ma fille ouvrir les paquets à la va-vite et passer directement au suivant sans vraiment regarder. Cela s'est produit aux Noël précédents et à ses anniversaires: quand elle était toute petite, nous lui enlevions le cadeau des mains pour passer au suivant et la déception se lisait dans ses yeux, puis elle a appris à zapper pour ouvrir le plus de paquet en un minimum de temps. C'est désolant. Sans compter que la maison devient vite une annexe de magasin de jouets. Cette année, elle a pris le temps d'apprécier chacun de ses jouets et à aucun moment je ne l'ai sentie frustrée.

Certains parents s'imaginent que si le sapin n'est pas entouré d'un maximum de cadeaux, l'enfant sera déçu. Comme si l'amour se quantifiait au nombre de cadeaux. Comme si le fait de ne pas avoir LE cadeau tant attendu (à cause d'une rupture de stock) traumatisera leur enfant à vie. Certes, je me souviens de quelques cadeaux tant désirés que je n'ai jamais reçus mais je m'en suis remise et l'apprentissage de la vie, c'est aussi l'apprentissage de la frustration. Il est normal de vouloir faire plaisir à ses enfants mais il est tout aussi important de leur apprendre que tous leurs désirs ne peuvent être réalisés. Certains viennent se justifier en disant que les enfants d'aujourd'hui sont des consommateurs-nés et qu'il faut s'adapter. Je ne suis pas d'accord, je pense que le consumérisme n'est pas inné.

Jean De Munck, éminent sociologue, définit le consumérisme social comme "un mode de consommation individualiste, dépendant du marché, quantitativement insatiable, envahissant, hédoniste, axé sur la nouveauté, faisant usage des signes autant que des choses" (source). Une définition très parlante de notre monde moderne.

Aujourd'hui, alors que je faisais les courses avec Poppy, nous sommes passées devant les livres interactifs et elle a voulu en essayer un. Je me suis prise au jeu et nous avons testé toutes les fonctionnalités pendant quelques minutes. Puis je lui ai demandé de le reposer en rayon. J'ai essuyé un refus, évidemment. J'ai regardé le prix, hésité quelque peu, puis je lui ai proposé de jouer encore un peu pendant que je terminais mes courses et de le reposer à la fin. Une fois mon petit tour terminé, je l'ai prévenue qu'on retournait dans le rayon pour déposer le livre. Elle n'était pas d'accord du tout! J'ai commencé à avoir peur, à me dire que je m'étais fait avoir et qu'il fallait vraiment être bête pour lui donner un jouet sans prévoir de l'acheter. Devant le rayon, je l'ai regardé dans les yeux et je lui ai dit: "Tu sais, ma chérie, on n'a pas beaucoup de sous et on ne peut pas se permettre de prendre le livre, il faut le reposer." Elle a immédiatement refermé son livre et me l'a tendu, sans larme, sans cri. J'étais tellement contente que je l'ai embrassée en la félicitant de son comportement exemplaire. Je pense vraiment qu'il ne faut pas hésiter à expliquer aux enfants le pourquoi de nos refus: parce que nous n'avons pas les moyens, parce que nous sommes contre les jeux violents, parce que nous avons quelques principes (comme la télé dans la chambre). Ils sont à même de comprendre, et de ne pas être d'accord évidemment!

Bien sûr ma fille ne va pas à l'école primaire et n'est pas encore très influencée par les autres enfants. Pas de vêtements de marque ou à l'effigie d'un personnage (quoiqu'elle est très fan de Raiponce), pas de jeu incontournable dans la cour. Néanmoins, je pense qu'il est possible de parler du consumérisme à nos enfants et de leur apprendre à faire la part des choses. Notre valeur ne dépend pas de notre tenue ou de l'étendue de nos possessions, j'ai été élevée ainsi et je comprends aujourd'hui à quel point c'est important de le savoir.

7 commentaires:

working mom a dit…

chez nous aussi je suis un peu mal à l'aise du grand déballage de Noêl, ma fille étant sur-gâtée par la famille. Du coup certains cadeaux sont rangés et seront ressortis à une autre période de l'année, où elle pourra les redécouvrir et en profiter... Heureusement ma fille n'est pas une grosse consommatrice, protégée encore de l'influence des autres enfants, il sera plus difficile de lutter contre Dora et les Monster High (argh!) une fois l'école commencée..

Cleophis Deeptizz a dit…

C'est ce que j'avais fait également les années précédentes. Honnêtement, quand je revois mon enfance et mon adolescence, je pense qu'un compromis est largement possible. Acheter certaines choses à la mode pour lui faire plaisir mais pas TOUT ce qu'elle réclame, la modération est la clé.

natmum02 a dit…

je suis bien d'accord, on ne peut pas tout acheter ... non seulement parce que notre porte monnaie ne peut pas suivre mais aussi parce qu'après il n'y a plus aucun plaisir à profiter de ce que l'on a ... ici la minette vient de découvrir Hello Kitty ... elle a demandé une poupée à son effigie pour Noël ... rien ne nous plaisait dans le commerce, alors la Mère Noël a sorti ses aiguilles à tricoter et les yeux de la minette ont brillé comme jamais à l'ouverture du paquet ... hier, nous sommes allés dans les magasins, et la minette voulait tout prendre : le blouson, le pull, les chaussons et tout ce qui était à l'effigie de sa mascotte du moment ... nous lui avons aussi expliqué que ce n'était pas possible, avons choisi ensemble un petit pendentif vendu avec un magazine et cela lui a suffi...

Elodie Freya a dit…

Je suis tout à fait d'accord avec toi! Je pense que si on explique bien aux enfants le pourquoi de nos refus, cela passera mieux. C'est en tout cas ce que je compte faire avec ma fille. C'est aussi comme ça que mes parents m'ont élevé. Si mon papa me disait que c'était trop cher, j'allais reposer le jouet sans discuter. Il faut apprendre aux enfants la valeur de l'argent et des choses et ce dès le plus jeune âge. Je ne pense pas que c'est leur rendre service que de leur donner tout ce qu'ils désirent sur un plateau d'argent. Comme tu dis, il faut leur apprendre la frustration, cela fait partie de la vie.

Cleophis Deeptizz a dit…

Le home made, quelle bonne idée! ;)

tindomerel a dit…

Tout à fait d'accord! La frustration de ne pas avoir tout ce qu'on veut, c'est nécessaire pour apprendre à grandir (surtout que, quand on est enfant, on veut énormément de choses ^^).
Et, comme toi, je pense que les enfants comprennent mieux les refus si on leur explique pourquoi... Même si ça prend du temps quelquefois! (Je me rappelle encore une fois (je devais avoir 5 ans) où ma mère avait refusé de m'acheter un livre en disant "on n'a pas assez d'argent pour t'acheter des choses tout le temps" et j'avais répondu : "bah! on n'a qu'à aller au distributeur, et comme ça on aura de l'argent!" - maligne que j'étais ^^)

Cleophis Deeptizz a dit…

Ah ah, je te reconnais bien là, tu avais déjà le sens de la répartie!

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